LES CHOIX A FAIRE

Sommaire


1. IMPORTANCE ET NÉCESSITE D’UNE ÉTUDE DU MARCHÉ

Où m’installer ?

Pourrai-je y gagner ma vie ?

Dans quel environnement social vivra ma famille ?

Où puis-je avoir des renseignements à ce sujet ?

Qui peut me conseiller ?

Ferai-je le bon choix ?

Autant de questions fondamentales que l’on se pose après avoir décidé de s’installer à son compte.

Elles évoquent en fait les premières démarches de l’étude du marché et posent le problème de la faisabilité du projet qui, il ne faut pas le perdre de vue, est une entreprise économique avec toutes les contraintes financières , fiscales et humaines qui en découlent.

De nombreux cabinets médicaux ferment chaque année faute de ne pas l’avoir compris et d’avoir fait l’impasse plus ou moins complète sur une telle étude.

2. LA DÉMARCHE MÉTHODOLOGIQUE A SUIVRE

2.1. CHOIX DU LIEU D’IMPLANTATION DU CABINET

2.1.1. La région

a)Analyse de l’environnement médico-sanitaire

L’étude du choix géographique est une étape délicate car les critères sont multiples et divers. Il semble cependant qu’un argument fondamental, non pas de choix mais d’élimination d’une région, réside dans la densité médicale et médico-sanitaire de la région. Ainsi, les régions du Centre, du Nord-Ouest et l’axe Casablanca -Rabat - Kenitra sont particulièrement saturées tant en ce qui concerne les structures hospitalières publiques et privées que le nombre de médecins généralistes et spécialistes, puisqu’ils comprennent 50% des médecins du secteur privé du Royaume (voir tableau n° 1).

Il en résulte de facto que la densité hospitalière et médicale est beaucoup plus faible dans les autres régions du Royaume et constitue déjà un argument basal du choix géographique.

La consultation de la carte sanitaire du pays devient le premier impératif de cette étude et doit permettre de sélectionner un certain nombre de régions à étudier.

Ce premier choix doit être le fruit d’une appréciation aussi objective que possible, sans l’influence d’un tiers, car ses conséquences sont capitales. De plus, le choix de la région conditionne en grande partie le mode d’exercice futur (seul, cabinet de groupe, clinique spécialisée…).

La connaissance de la densité médicale des différentes régions devra être couplée à l’appréciation de la manière dont les soins sont "consommés " et prodigués. Car si le nombre de médecins de la région ou de la ville peut être connu, le "secteur pratiquant informel " est beaucoup plus difficile à évaluer : il s’agit de toutes les personnes qui prodiguent des soins ou font des consultations, autorisées ou non, sans qu’elles soient répertoriées ou connues.

Ainsi, un médecin décide de s’installer dans un quartier industriel, au vu de la concentration d’une population ouvrière habituellement nécessiteuse de soins. Il n’imagine pas que le médecin du travail puisse pratiquer une médecine de soins et soigner les ouvriers de l’usine.

De nombreux étudiants en médecine, des internes ainsi que des étudiants en spécialité donnent des consultations dans leur entourage ou dans leur quartier pour rendre service.

Une grande partie des pharmaciens participent aussi à cet exercice informel de la médecine en conseillant des médications à la demande des clients.

Des associations à but social prodiguent, durant leurs actions d’éducation sanitaire ou à l’occasion de manifestations régionales, des soins gratuits à la population et relèvent ainsi du secteur informel.

Il est illusoire de penser pouvoir citer tous les acteurs de ce secteur, mais, au cours de sa reconnaissance, le médecin qui explore une région doit se renseigner sur les pratiques locales auprès des confrères installés sans se contenter des informations fournies par la carte sanitaire officielle.

De cette appréciation pourront ressortir des solutions de pratique médicale spéciale ou des "créneaux " porteurs dans la région en question.

b) Analyse de la clientèle

Il faut avoir une idée globale de la population du pays, de ses concentrations urbaines et de sa densité.

L’approche détaillée de cette étude doit identifier les caractéristiques précises de cette population, à savoir sa structure démographique par sexe, par tranches d’âge, par catégorie socio-professionnelle et en proportion rurale – urbaine.

Il faut également s’enquérir de ses ressources financières et de son niveau de vie et donc de sa capacité à consommer les soins selon la région. Des indicateurs de santé publiés par le Ministère de la santé seront très utiles pour apprécier ce comportement sanitaire de la population (qui consulte qui et où ? centres de santé, dispensaires, pharmaciens, personnel paramédical).

L’accès au soins n’est pas uniquement le résultat de moyens financiers mais aussi de la culture sociale et de la manière de se faire soigner selon la région (médecine traditionnelle, recours aux guérisseurs etc.).

Cette vision globale de la population doit tenir compte des perspectives d’évolution démographique naturelle et notamment des projets socio-économiques à l’échelle nationale ou régionale.

Le choix de la région d’installation devient ainsi plus logique et objectif en couplant les données de l’environnement médico-sanitaire et celles de l’étude de la clientèle.

Il ressortira donc un choix d’une région qui répond aussi bien aux critères médicaux qu’au type de population à qui le médecin va proposer ses prestations.

TABLEAU 1

Répartition du personnel médical public et privé par région (situation Septembre 1997)

(Source: Direction de la Planification et des Ressources Financières. Ministère de la Santé)

 

POPULATION 1997 (Estimation CERED)

PERSONNEL MÉDICAL

REGIONS

Urbain

Rural

Total

%

Public

Privé

Total

Ratio Hbts/méd

OUED EDDAHAB-LAGOUIRA

34.000

8.000

42.000

0,15

16

1

17

2471

LAAYOUNE-BOUJDOUR SAKIA LHAMRA

180.000

11.000

191.000

0,70

54

17

71

2690

GUELMIM-SMARA

234.000

171.000

405.000

1,48

76

18

94

4309

SOUS-MASSA DARAA

1.026.000

1.763.000

2.789.000

10,21

260

280

540

5165

EL GHARB-CHRARDA BNI HSSEN

679.000

1.032.000

1.711.000

6,27

200

290

490

3492

CHAOUIA-OUARDIGHA

631.000

961.200

1.592.200

5,83

228

203

431

3694

MARRAKECH-TENSIFT EL HAOUZ

1.042.000

1.790.000

2.832.000

10,37

287

340

627

4517

REGION ORIENTALE

1.047.000

773.000

1.820.000

6,66

251

338

589

3090

GRAND-CASABLANCA

3.109.000

127.800

3.236.800

11,85

976

1.996

2.972

1089

RABAT-SALE-ZEMMOUR ZAER

1.705.000

419.000

2.124.000

7,78

1.774

808

2.582

823

DOUKKALA-ABDA

665.000

1.192.000

1.857.000

6,80

179

235

414

4486

TADLA-AZILAL

480.000

894.000

1.374.000

5,03

139

131

270

5089

MEKNES-TAFILALET

1.039.000

944.000

1.983.000

7,26

362

263

625

3173

FES-BOULMANE

1.002.000

414.000

1.416.000

5,18

221

318

539

2627

TAZA-AL HOCEIMA TAOUNATE

399.000

1.366.000

1.765.000

6,46

158

96

254

6949

TANGER-TETOUAN

1.252.000

920.000

2.172.000

7,95

316

396

712

3051

T O T A L N A T I O N A L

14.524.000

12.786.000

27.310.000

100

5.497

5.730

11.227

2433

TABLEAU 2

Répartition des lits hospitaliers publics et privés par région (Situation janvier 1998)

(Source: Direction de la Planification et des Ressources Financières, Service de la carte sanitaire), Ministère de la Santé.

 

POPULATION 1998 (Estimation ERED)

LITS HOSPITALIERS

REGIONS

Urbain

Rural

Total

%

Public

Privé

Total

Ratio hbts/lit

Oued Eddahab-Lagouira

35.000

9.000

44.000

0,16

53

0

53

830

Laayoune-Boujdor-Sakia Lhamra

187.000

10.000

197.000

0,71

410

0

410

480

Guelmim-Smara

240.000

171.000

411.000

1,48

317

0

317

1297

Souss-Massa-Darâa

1.072.000

1.772.000

2.844.000

10,24

2.234

319

2.553

1114

Elgharb-Chrarda-Bni Hssen

70.000

1.044.000

1.744.000

6,28

1.037

241

1.278

1365

Chaouia-Ouardigha

645.000

961.560

1.606.560

5,78

1.681

393

2.074

775

Marrakech-Tensift-El Haouz

1.077.000

1.796.000

2.873.000

10,34

2.566

310

2.876

999

Région Orientale

1.074.000

766.000

1.840.000

6,62

1.265

372

1.637

1124

Grand Casablanca

3.175.000

122.440

3.297.440

11,87

3.131

1.475

4.606

716

Rabat-Salé-Zemmour-Zaër

1.764.000

411.000

2.175.000

7,83

3.976

631

4.607

472

Doukkala-Abda

683.000

1.200.000

1.883.000

6,78

1.252

433

1.685

1118

Tadla-Azilal

496.000

898.000

1.394.000

5,02

814

152

966

1443

Meknes-Tafilalet

1.063.000

947.000

2.010.000

7,24

2.376

296

2.672

752

Fès-Boulmane

1.036.000

414.000

1.450.000

5,22

1.628

321

1.949

744

Taza-Al Hoceima-Taounate

410.000

1.373.000

1.783.000

6,42

869

44

913

1953

Tanger-Tétouan

1.297.000

926.000

2.223.000

8,00

2.067

647

2.714

819

Total National

14.954.000

12.821.000

27.775.000

100

25.676

5.634

31.310

887


2.1.2 - LA LOCALITE

Quant au choix de la localité au sein de la région retenue, il doit répondre aux mêmes exigences d’étude, en admettant cependant une liberté relative qui intègre notamment des facteurs familiaux.

La consultation des municipalités, du Conseil régional de l’ordre des Médecins, des organisations médicales locales et régionales, ainsi que la visite de certains confrères, peuvent renseigner utilement sur les conditions de la localité, sa population, ses comportements et ses pratiques médicales.

L’information sur l’infrastructure de base (habitat, écoles, institutions culturelles, loisirs, qualité de vie ) aura raison du choix final de la localité en fonction des exigences personnelles et familiales du médecin.

Une fois le choix de la ville ou localité fait, le médecin cherchera un local propice à l’installation de son cabinet, dans un immeuble propre, salubre et accessible.


TABLEAU 3

Répartition des cabinets privés de consultations médicales et du ratio (habitants par cabinet par milieu et par région). (Situation janvier 1998)

(Source: Direction de la Planification et des Ressources Financières, Ministère de la Santé)

 

POPULATION 1998 (Estimation CERED)

Cabinets privés de consultations médicales

Ratio Hbts /

Cabinet de consultation

REGIONS

Urbain

Rural

Total

%

Urbain

Rural

Total

Urbain

Rural

Total

OUED EDDAHAB-LAGOUIRA

35.000

9.000

44.000

0,16

1

0

1

35.000

 

44000

LAAYOUNE-BOUJDOUR- SAKIA LHAMRA

187.000

10.000

197.000

0,71

10

0

10

18.700

 

19700

GUELMIM-SMARA

240.000

171.000

411.000

1,48

17

1

18

14.118

171.000

22833

SOUSS-MASSA-DARAA

1.072.000

1.772.000

2.844.000

10,24

197

7

204

5.442

253.143

13941

EL GHARB-CHRARDA - BNI HSSEN

700.000

1.044.000

1.744.000

6,28

206

17

223

3.398

61.412

7821

CHAOUIA-OUARDIGHA

645.000

961.560

1.606.560

5,78

148

14

162

4.358

68.683

9917

MARRAKECH-TENSIF-EL HAOUZ

1.077.000

1.796.000

2.873.000

10,34

222

14

236

4.851

128.286

12174

REGION ORIENTALE

1.074.000

766.000

1.840.000

6,62

274

16

290

3.920

47.875

6345

GRAND CASABLANCA

3.175.000

122.440

3.297.440

11,87

736

1

737

4.314

122.440

4474

RABAT-SALE-ZEMMOUR-ZAËR

1.764.000

411.000

2.175.000

7,83

821

10

831

2.149

41.100

2617

DOUKKALA-ABDA

683.000

1.200.000

1.883.000

6,78

168

25

193

4.065

48.000

9756

TADLA-AZILAL

496.000

898.000

1.394.000

5,02

84

16

100

5.905

56.125

13940

MEKNES-TAFILALET

1.063.000

947.000

2.010.000

7,24

185

16

201

5.746

59.188

10000

FES-BOULEMANE

1.036.000

414.000

1.450.000

5,22

247

1

248

4.194

414.000

5847

TAZA-AL HOCEIMA-TAOUNATE

410.000

1.373.000

1.783.000

6,42

80

8

88

5.125

171.625

20261

TANGER-TETOUAN

1.297.000

926.000

2.223.000

8,00

282

8

290

4.599

115.750

7666

TOTAL NATIONAL

14.954.000

12.821.000

27.775.000

100

3.678

154

3.832

4.066

83.253

7248

2.2. LE CHOIX DE LA FORMULE D’INSTALLATION

Le médecin décidé à s’installer dans le secteur privé a le choix délicat de le faire seul ou en groupe.

2.2.1. Le cabinet individuel

a) Avantages :

Indépendance, cabinet personnalisé, pas de contrainte d’une association.

b) Inconvénients :

Charges élevées, solitude, surcoût par insuffisance d’amortissement d’un équipement onéreux.

2.2.2. Le cabinet de groupe

Les médecins peuvent mettre en commun les moyens nécessaires à l’exercice de leur profession : les contrats ou les conventions établis à cet effet ne sont valables que s’ils sont visés par le président du conseil national de l’Ordre national des médecins.

a) Avantages :

Partage des charges, des frais du personnel, présence solidaire et réconfort, échange d’avis, possibilité d’aménagement du temps de travail, amortissement plus logique de l’équipement commun et de l’espace.

b) Inconvénients :

Insuffisance de travail pour le groupe si la spécialité est commune surtout au début, mauvais choix du partenaire et incompatibilité pour la cohabitation, obligation d’un contrat d’association détaillé précisant l’entente sur toutes les modalités de travail.

2.2.3. Clinique

Le médecin peut également s’installer en clinique avec des confrères de même spécialité ou de spécialités différentes. Cette éventualité demande une étude très poussée du projet qui est un investissement lourd et qui ne peut être détaillé dans le présent guide.

2.2.4. LES AUTRES FORMES DE L’EXERCICE LIBERAL

a) L’assistance médicale à domicile

Il existe actuellement des organisations privées d’assistance médicale à domicile à Rabat et à Casablanca : le S.A.M.U. et SOS MÉDECINS.

Il s’agit de groupements de médecins autorisés à exercer la médecine à titre privé qui répondent à des appels de particuliers pour assurer des soins à domicile dans le cadre des urgences.

b) La médecine du travail

Il est possible de contracter une convention de médecine du travail avec un établissement commercial ou industriel. Selon l’importance de celui-ci, l’emploi peut constituer une fin en soi à plein temps.

c) L’expertise pour les organismes d’assurance

Les assurances ont recours à des médecins pour expertiser certains dossiers médicaux de leurs assurés. Il s’agit d’une convention d’expertise ou de conseil.

d) L’expertise auprès des tribunaux

Pour s’inscrire sur la liste des médecins experts auprès des tribunaux, le médecin doit s’adresser au tribunal de première instance de la ville où il exerce.