LA GESTION DU CABINET
En sinstallant dans un cabinet, il est de bon usage de se présenter aux confrères du quartier dans un premier temps, voire dadresser un mailing aux médecins de la ville ou de la région pour les informer de louverture de son cabinet, de sa spécialité et de ses titres.
La consultation est lactivité principale du cabinet médical. Le patient qui sadresse à un médecin privé en attend beaucoup. Lécoute attentive et patiente des propos du patient est un moment privilégié de la consultation car cest précisément cette attention qui manque dans le secteur public surchargé. Lentretien doit se dérouler dans la stricte intimité et confidentialité pour permettre au patient de sexprimer clairement et sincèrement sur ses préoccupations. Il nest pas superflu dinsister sur la nécessité dun examen aussi complet que possible ne négligeant aucun appareil dautant plus quil sagit dune première consultation et qui permettra davoir une idée précise sur létat dun patient que lon aura, à priori, à revoir ultérieurement. Le médecin spécialiste ne doit pas échapper à cette règle.
Les horaires de consultation doivent figurer sur la plaque du cabinet, sur les cartes de visite, et sur les ordonnances du médecin. Il doivent être respectés autant que possible. Pour un médecin ayant une activité essentiellement représentée par la consultation, les plages horaires seront les plus étendues. Il est habituel de déborder les horaires administratifs usuels, justement pour permettre à des patients de consulter après leur travail, car le motif qui les amène ne justifie pas nécessairement une absence de leur travail. Pour les spécialités à actes (opératoires ou autres), et en fonction de lactivité, il est préférable de réserver des plages horaires à ces activités et dautres à la consultation, et ce, même si les actes ne sont pas réguliers et quotidiens ; ceci permet au médecin de sorganiser et évite au patient une attente inutile. Les horaires doivent également être aménagés en fonction dautres activités médicales en dehors du cabinet (visites, activités de convention ou autres ). Ces aménagements doivent être connus des patients.
Il peut être nécessaire dorganiser sa consultation sur rendez-vous si le besoin sen fait sentir et le médecin se doit de les respecter scrupuleusement. Le cas échéant, ceci doit être signalé aux patients. Cependant il faut tenir compte des urgences qui ne peuvent souffrir aucune attente et admettre également la souplesse et la disponibilité requises.
La tenue du dossier médical du malade est une obligation professionnelle pour identifier le patient, assurer un suivi précis de sa pathologie et son évolution. Le dossier médical est un document médico-légal justifiant la consultation et lattitude thérapeutique qui en découle. Le dossier médical doit être soigneusement gardé par le médecin dans une enceinte sûre, fermant à clef. Sa tenue relève de lobligation du médecin au secret médical. Le dossier doit être archivé et gardé aussi longtemps que possible car un acte médical peut être remis en cause. En effet, en matière pénale la prescription est de cinq ans pour les délits et de vingt ans pour les crimes. En matière civile, elle est également de vingt ans. Un dossier médical peut être transféré à un autre médecin si le patient le désire; en cas de cession dun cabinet à un autre confrère, il est courant de lui transférer le fichier des patients dont il devient le dépositaire en prenant soin, toutefois, dopérer un tri des données pour extraire du fichier tout ce qui peut sapparenter à des confidences. Le dossier médical doit contenir les nom, prénom, âge, profession, adresse et téléphone. Lobservation médicale rédigée par le médecin doit comprendre les antécédents du patient, et les données de son terrain (poids, taille, constantes, tares et allergies éventuelles, etc ). Ces données restent capitales pour les consultations ultérieures et toute thérapeutique. A chaque consultation un résumé de lobservation nouvelle et du traitement institué sera porté sur le dossier.
Les dossiers des patients seront classés selon un ordre déterminé (alphabétique par exemple) puis rangés en lieu sûr. Laccessibilité sera dautant plus facilitée que le rangement est simplifié et lordre connu. Il existe sur le marché des meubles spécialement conçus pour le fichier médical, cependant, leur prix est très décourageant et la possibilité de se faire fabriquer un meuble personnalisé incite rapidement à faire le choix logique.
Quest-ce que linformatique médicale ? Rien de plus quun ordinateur personnel équipé dun logiciel de gestion de cabinet médical. Actuellement lacquisition dun ordinateur nest ni un luxe ni une "folie". La décision de séquiper dun outil informatique est un choix optionnel dune manière dêtre et de faire ; en effet, il ne suffit pas davoir un ordinateur pour que tout aille tout seul, au contraire cela va de pair avec un apprentissage du système informatique et dune volonté affichée dévoluer et daméliorer le fonctionnement de son travail. En matière de matériel informatique, il faut être bien conseillé par des professionnels pour lacquisition de lordinateur et de ses accessoires car la rapide évolution de la technologie rend rapidement obsolète ce qui paraît sophistiqué aujourdhui. Aussi faut-il avoir un matériel évolutif, fiable et simple dentretien. Le choix dun ordinateur doit être le résultat dune information préalable auprès des professionnels dune part et de confrères usagers dautre part. Des logiciels de gestion de cabinet médical existent sur le marché, il faut les tester et apprécier leur convivialité, sinon il est loisible de commander un logiciel personnalisé qui répond à des besoins plus précis. Linformatisation de la gestion du cabinet a des avantages certains et la simplification des tâches nest plus à discuter tant pour le fichier des malades que pour la tenue dune comptabilité simplifiée et du traitement de texte pour la correspondance et létablissement dordonnances, de certificats médicaux ou autres. La connexion, par ligne téléphonique, au réseau Internet est actuellement le nec plus ultra des avantages de linformatique. En effet, par le biais de ce réseau, le médecin peut se connecter avec plusieurs confrères pour léchange de points de vue, de documents, voire avec des banques de données internationales pour sinformer des dernières données scienti-fiques et technologiques.
Lassistante médicale, infirmière ou secrétaire, a un rôle multiple dans le cabinet médical. Pendant labsence du médecin, elle est seule et doit être en mesure de répondre à tout appel et de recevoir le patient qui se présente au cabinet. Elle doit, de ce fait, être digne de confiance et avoir une motivation toute particulière pour cette fonction qui nécessite un sens de la responsabilité et une attention consciencieuse. Sa fonction première est laccueil des patients. Cest une étape importante de la consultation qui doit se faire avec douceur et aménité en ayant toujours à lesprit que le " patient " est un malade qui demande un soulagement. A ce stade, lassistante doit reconnaître le patient fatigué et sempresser de linstaller, lasseoir ou le coucher et, le cas échéant, reconnaître une urgence et prévenir immédiatement le médecin. En dehors de ces situations particulières, elle commencera par lui établir sa fiche sil sagit dune première consultation, ou de préparer son dossier antérieur pour lentrevue avec le médecin. Au cours de la consultation, les médecins ont des attitudes différentes quant à la présence ou à labsence de lassistante avec eux. Il ny a pas de solution unique mais si lon peut imaginer que le patient nécessite une confidentialité pendant lentretien verbal avec son médecin, il semble que la présence de lassistante est utile pendant lexamen clinique ou pendant une exploration instrumentale ; elle devient impérative quant il sagit de soins ou dactes en cabinet.
Le médecin est appelé à faire des visites de malade à domicile. Lorsquil sagit dun appel urgent, le médecin na dautre choix que dy répondre en dehors de toute programmation. Sinon, en cas de visite de contrôle ou de visite périodique dun patient en maladie de longue durée, celle-ci sera programmée à un moment de la journée aménagé à cet effet. Le médecin doit être équipé pour ces visites dune trousse contenant tout le nécessaire de consultation.
- Les visites en clinique des patients hospitalisés doivent être portées sur le planning de la journée du médecin. Selon limportance de cette activité, ces visites peuvent représenter une part importante de la plage horaire réservée aux activités extérieures au cabinet. - Pour les spécialistes ayant une activité opératoire, leur présence en clinique est beaucoup plus importante et, de ce fait, doit être programmée. Habituellement, les actes opératoires sont programmés en début de matinée, période de la journée optimale pour le chirurgien pendant laquelle il dispose de ses atouts physiques et intellectuels maximaux. Le chirurgien a donc aussi des visites à effectuer à ses patients en clinique, et ceci est fait en général en début daprès-midi ou après sa consultation.
Les honoraires sont régis par une circulaire du Premier ministre qui codifie le tarif des différents actes médicaux. Ainsi la " C " de consultation, le " K " opératoire, l " AREK " danesthésie réanimation, le " Z " de radiologie, le " B " du laboratoire ainsi que toutes les autres activités médicales et paramédicales sont définis par une nomenclature officielle des actes et codifiés.
Dans les grandes villes du Maroc, il existe une garde municipale assurée par les praticiens de la ville et organisée par le syndicat des médecins de la ville ou par des associations de la place. Dans toutes les cliniques, des médecins autorisés à exercer effectuent des gardes de nuit pour répondre aux urgences qui sy présentent ou pour veiller sur les patients hospitalisés. Il existe également des gardes dassistance médicale à domicile par des groupements de médecins autorisés à lexercer. Cette activité est réglementée par une circulaire ministérielle du 1er octobre 1993 qui définit les conditions et les exigences de cet exercice. A Rabat et Casablanca , SOS Médecins exerce dans ce cadre de lassistance médicale à domicile.
Avant dorganiser ses vacances ou congés, le médecin doit prévoir son remplacement par un confrère, prendre ses dispositions auprès du Conseil de lOrdre des médecins et choisir son remplaçant. Pour cela, le médecin est tenu daviser le conseil régional de lOrdre des médecins avant le début de son remplacement : - soit par un médecin autorisé à exercer à titre privé, - soit par un étudiant en médecine ayant validé ses examens cliniques et titulaire dune licence de remplacement délivrée par le conseil régional de lOrdre des médecins, - soit par un médecin fonctionnaire titulaire dune licence de remplacement et pendant son congé administratif. Un remplacement supérieur à un mois doit faire lobjet dun contrat conclu conformément aux dispositions prévues à cet effet par lOrdre des médecins précisant les obligations réciproques des deux parties et après en avoir avisé lOrdre régional compétent. La licence de remplacement peut être accordée pour une année à tout médecin la sollicitant auprès du conseil régional de lOrdre des médecins et renouvelée par celui-ci. La durée de remplacement ne doit pas excéder deux années sauf dérogation spéciale accordée par lOrdre national des médecins. Des conditions particulières sont réservées à des remplacements imprévus et dispensent dans ces conditions de la licence de remplacement sous réserve toutefois den aviser le conseil régional de lOrdre des médecins. La durée de ces remplacements ne doit pas dépasser trois jours. Sur le plan financier, et malgré lappréhension du médecin à assimiler cette notion, le cabinet doit être géré comme une entreprise. Il en découle une véritable gestion comptable à même dassurer la viabilité du projet dune part, et de clarifier ses comptes au maximum pour un calcul simplifié de ses impôts.
Le médecin doit tenir un cahier de compte journalier de recettes et dépenses appelé grand journal. Pour les recettes, le médecin nest pas obligé de préciser le nom des patients, car ce cahier, censé être contrôlé par linspecteur des impôts, doit préserver le secret médical. Mais la nature de lacte médical correspondant aux honoraires perçus doit être précisée dans le journal. Doivent également être portés sur le registre des recettes, les autres recettes relatives à la profession ( conventions, expertises, visites à domicile, activité en clinique etc ). Pour les dépenses, il faut garder tous les justificatifs ou factures pour pouvoir, le cas échéant, prouver ses dépenses relatives à lexercice de la profession. Au-delà dune certaine somme, 10 000 DH et, dune façon générale, il est recommandé deffectuer le maximum de paiements par chèque bancaire pour garder une écriture de la transaction. Il est vivement conseillé douvrir un compte bancaire " cabinet " où ne figurent que des transactions relatives à la gestion du cabinet. Ce compte permet, en effet, sur les relevés, davoir un contrôle rapide et permanent des entrées et sorties, et donc un bon système de vérification du livre des comptes. Lexploitation de cette gestion et son suivi périodique donneront au médecin, au vu dun certain nombre dindicatifs, les résultats et lévolution de lactivité de son cabinet et les différentes actions de correction à mener pour assainir sa gestion financière (compression de telle rubrique de dépenses, développement de telle activité porteuse .). De plus, une bonne connaissance de sa comptabilité permet au médecin de sacquitter de son obligation fiscale.
Le médecin est tenu de payer certains impôts quil doit connaître et pour cela, il doit se faire aider obligatoirement, du moins au début, par un comptable exéprimenté. Contrairement aux idées reçues, il faut savoir que le médecin est tenu de sacquitter de ses impôts dès le début de son installation. Les différents impôts :
la taxe urbaine est assise sur la valeur locative des constructions, additions de constructions, machines et appareils nouvellement installés. Le taux appliqué pour les constructions affectées à une activité professionnelle est de 13,5%. Il y a lieu de signaler que la période d'exemption temporaire est de 5 années suivant celle de l'achèvement ou de l'installation des constructions nouvelles, addition de constructions, machines et appareils nouvellement installés.
La taxe d'édilité est un impôt local lié aux services rendus par les municipalités, et ayant la même base que la taxe urbaine. Son taux est fixé comme suit : - 10% de la valeur locative des immeubles situés dans les périmètres des communes urbaines et des centres délimités. - 6% de la dite valeur pour les immeubles situés dans les zones périphériques des communes urbaines. La taxe d'édilité ne comporte aucune exonération.
Le principal de cet impôt comprend une taxe proportionnelle et une taxe variable. La première est fonction de la valeur locative du cabinet actualisée, et la seconde est appliquée selon les éléments caractéristiques de la profession (essentiellement sur la hauteur de linvestissement en équipement médical).Cet impôt est payable annuellement. Actuellement, il existe une exonération partielle durant les 5 premières années dexercice.
La T.V.A., en application depuis le 1er avril 1986, est une taxe qui sapplique, dans le cadre médical, à toutes les prestations et qui est reversée à lEtat trimestriellement, avant le 30 avril, le 31 juillet, le 31 octobre et le 31 janvier. Elle est calculée sur la base du chiffre daffaire hors taxe et correspond à 7 % de celui-ci. De ce fait,
La déclaration de la TVA se fait sur un imprimé spécial disponible au niveau des services dimpôts.
LIGR est la partie la plus " consistante " des impôts. Pour les professions libérales, lIGR est lié à une déclaration des revenus professionnels établie par une personne physique, en loccurrence le médecin. Le médecin a le choix entre deux solutions de déclaration : - Le régime du résultat net réel. - Ladhésion à la convention fiscale conclue entre la Direction des Impôts et le Conseil National de lOrdre National des Médecins. Tous les médecins peuvent adhérer à cette convention à lexception des radiologues, des biologistes, et des cliniques. La deuxième solution est vivement conseillée car elle est simplifiée au maximum grâce au " Journal fiscal à lusage professionnel médical ". Tout médecin peut se procurer ce journal au niveau du Conseil Régional de lOrdre pour la somme de 150 DH. Il est facile dutilisation sous forme dun journal de recettes et dépenses. Cet impôt touche la différence entre le chiffre daffaire et les dépenses déductibles selon un barème codifié. Le chiffre daffaires correspond à lensemble des recettes. Les dépenses déductibles, dans la convention fiscale, se définissent comme suit :
Loyer + charges. Téléphone cabinet. Electricité + eau. Salaires + charges : CNSS, assurance maladie du personnel, assurance des accidents du travail. Frais financiers. Crédits-bails. Achat petite pharmacie, petit matériel. Fournitures de bureau, livres, documentation. Impôts et taxes déductibles (patente, T.V.A. ). Honoraires reversés (remplaçant hors TVA). Assurances daccident de travail, responsabilité civile, incendie, retraite (6 % du revenu). Cotisations (ordinale, syndicale, sociétés savantes, abonnement). Enfants à charge.
Voiture : sont admises en déduction sans que leur montant annuel, avant répartition pour usage mixte, excède 30.000 DH. Ne sont déductibles que 70 % des frais engagés. Formation médicale continue (congrès etc ). Sont déductibles dans la limite dun plafond de 20.000 DH. Téléphone domicile : total maximum de 9.000 DH. Seuls 30 % de cette somme, soit un plafond de 2.700 DH.
Il existe un barème damortissement des biens déquipement : achat de local, matériel médical, ordinateur, etc
Pour bénéficier de ces déductions, il est évident que les factures justificatives doivent accompagner leur déclaration, doù lintérêt de conserver soigneusement toutes les factures de dépenses. LIGR est un impôt annuel, la déclaration dimpôt est établie chaque année sur le chiffre daffaires de lexercice précédent avant le 31 mars.
Calculée sur la base du chiffre daffaire annuel, et sélevant à 6 % de celui-ci, cette cotisation est annuelle et payée avant le 1er février de chaque année. Les médecins sont dispensés de cette cotisation pendant les trois premières années de leur exercice. |