PLACE DE L'AMO ET DU RAMER
Mohamed
ELFARRAH
: Président de La Mutuelle Générale du Personnel des Administrations
Publiques (M.G.P.A.P)
I/ INTRODUCTION
Dans la réforme projetée au
Maroc, l'AMO et le RAMER représentent les deux changements institutionnels
majeurs dans le financement du système de santé.
L'AMO constitue le volet assurance
sociale fondé sur le principe contributif et financé par des cotisations
obligatoires.
Le
RAMED, constitue le volet
assistance ou aide sociale financé par la fiscalité.
L'AMO n vocation à devenir
progressivement universelle tandis que le RAMER est une mesure subsidiaire dont
l'objet est de prévenir l'exclusion des soins d'une partie de la population.
Ce qui est en jeu, dans cette réforme,
c'est l'accroissement significatif de la part des mécanismes collectifs et
publics dans le financement du système de santé.
Ce qui est en jeu, aussi, c'est le
cheminement vers un nouveau partage des responsabilités entre l'Etat, les
entreprises et les ménages dans la prise en charge des dépenses de santé.
Ce qui est en jeu, enfin, c'est un
nouveau partage des responsabilités entre le secteur public et le secteur privé
dans l'offre de soins.
L'AMO et le RAMER sont donc appelés
à participer très fortement à la restructuration du système national de santé.
Dans ce cadre, l'objet de cette
communication est de tenter de définir le rôle restructurant de ces deux
nouvelles mesures de financement.
A cette fin on essaiera de classer.
le système de santé marocain dans la typologie des différents systèmes
internationaux à l'aide de trois critères principaux : le mode de financement
des soins, le mode de production de soins, et le mode de recours aux soins. On
tentera aussi, grâce à une analyse de la situation spécifique du Maroc, de préciser
quelles sont les voies que devrait emprunter l'effort nécessaire de
restructuration du système.
II/ LE SYSTÈME DE SANTÉ NU MAROC VU SOUS L'ÉCLAIRAGE TYPOLOGIQUE INTERNATIONAL
Le choix du mode d'organisation
d'un système de santé, quel que soit le pays, est souvent ramené à
l'alternative plan/marché
En réalité les systèmes de santé
présentent une double originalité, une diversité considérable et une
autonomie relative par rapport aux systèmes économiques des pays concernés.
Diversité par la part faite au
marché, par la centralisation plus ou moins importante du système , par les
caractéristiques de l'offre ( publique, privée, mixte), par les modes de
financement et par les modes de recours aux soins (libre ou réglementé).
Autonomie par rapport à l'économie
globale puisque les pays occidentaux offrent une palette complète depuis le
système américain libéral et décentralisé jusqu'au système anglais
(scandinave, et des pays de l'Europe du Sud) où l'accès à l'offre est réglementé,
le marché réduit et le financement centralisé.
C'est le degré de centralisation,
le choix entre régulation centrale et dynamique concurrentielle qui fait la
différence entre les systèmes de santé effectifs.
L'organisation la plus fréquente
consiste en un système Hybride ou coexistent une offre publique et une offre
privée et où les systèmes de financement sont mixtes.
C'est le cas de pays comme la
France, l'Allemagne, la Belgique, les Pays Bas, la Corée, le Japon, l'Algérie,
la Tunisie etc….
Les pays qui relèvent de ce système
organisent une médecine libérale, une hospitalisation mixte (publique avec le
réseau hospitalier, privée avec les cliniques) et un système de financement
mixte également où le régime d'assurance maladie obligatoire est complété
par des assurances mutuelles ou privées.
Le Maroc appartient à la catégorie
de ce système Hybride, à la seule singularité près qu'il ne dispose pas
encore d'un régime d'AMO. L'intrusion de l'AMO va donc fondamentalement rééquilibrer
le financement du système de santé. Elle va aussi fortement contribuer à le
restructurer.
III/ ANALYSE DE LA SITUATION
SPÉCIFIQUE DU MAROC
Passer d'un régime facultatif
d'assurance maladie à un régime obligatoire, c'est véritablement changer de
monde.
L'AMO n'est plus à proprement
parler une assurance nu sens technique du terme, car un contrat d'assurance
suppose que les garanties souscrites sont librement choisies et que par conséquent
la prime est négociée. Or dans l'AMO les garanties sont imposées par la loi
et le taux de cotisation est fixé par décret.
En outre, l'AMO n'a pas qu'un seul
objectif d'assurance pure, elle a surtout des objectif s de redistribution et de
santé publique.
Étant données ces considérations,
l'AMO va nécessairement impliquer une redéfinition des règles du jeu, entre
l'État garant de la protection apportée, les organismes assureurs, et les
producteurs de soins. Elle va impliquer aussi de nouvelles règles d'allocation
de ressources, de négociation sur les prix, sur les nomenclatures, sur
l'admissibilité au remboursement des médicaments, et sur le système
d'information relatif à la dispensation des soins aux bénéficiaires.
De ce point de vue, on peut dire
que la place et (e rôle de l'AMO dans le système de santé est avant tout en
relation avec la cohésion sociale mais aussi en relation avec une mise en cohésion
et en cohérence de l'ensemble du système de santé.
L'AMO va aussi aider à équilibrer
le financement du secteur de la médecine libérale avec celui du secteur de la
médecine publique , elle va surtout stimuler l'investissement dans les deux
secteurs et relancer la micro-économie de l'ensemble du système.
Au plan macro-économique, l'AMO
va accroître la fraction du PIB consacré à la santé. Cet accroissement n'a
de sens que s'il vise l'amélioration du niveau de santé et une meilleure répartition
de ce niveau de santé dans la population. D'autant que le rythme d'évolution
des dépenses devra être maîtrisé pour ne pas compromettre le coût du
travail, le volume de l'emploi et la compétitivité des entreprises.
D'où, le devoir de régulation et
le rôle confié à l'agence nationale de l'AMO,
Enfin,
l'AMO couplée au RAMED
impliqueront nécessairement des mesures réglementaires à caractère non
financier telles que la programmation sanitaire à l'échelle régionale ( carte
sanitaire ) et l'autonomie réelle de fonctionnement des hôpitaux publics. Sans
compter le décloisonnement des deux secteurs d'activité médicale afin de
favoriser une circulation plus harmonieuse du patient dans le système de santé.
Les pouvoirs publics sont, plus que
jamais, déterminés à réformer le système marocain de la couverture sociale
(assurance maladie), en vue de permettre à tous les citoyens l'accès aux soins
dans des conditions financières favorables et assurer des recettes sûres et
durables aux producteurs des soins publics et privés.
A cet effet, il est légitime de
s'interroger sur le rôle actuel et futur de la mutualité dans le système de
santé, étant donné que les mutuelles assurent la couverture à plus de 10 %
des marocains et près de 60 % de ceux qui ont le privilège d'avoir une
couverture sociale.
LE SYSTÈME MUTUALISTE MAROCAIN
I.1. LES SOCIÉTÉS MUTUALISTES ET LEUR FÉDÉRATION
Les premières mutuelles ont été
créées pour satisfaire les besoins du personnel de la nouvelle administration
du protectorat français :
(mutuelle de la police en 1919,
mutuelle des douanes en 1928, mutuelle des postes et télécommunications ( P.
T. T ) en 1946 en tant que mutuelles sectorielles, mutuelle des fonctionnaires
au Maroc (O.M.F.A.M) en 1928 et mutuelle générale du personnel des
administrations publiques (NLG.P.A.P) en 1948 en tant que mutuelles à caractère
général).
Après l'indépendance, le
mouvement mutualiste dans le secteur public a été renforcé par la création
d'autres mutuelles ( en 1958 mutuelle des Forces Armées Royales, en 1963
mutuelle de l 'Éducation Nationale, en 1976 mutuelle des Forces Auxiliaires).
Ces mutuelles qui ont un statut
d'association privée sont régies actuellement par la loi du 12 Novembre 1963
(Dahir n° 1.57.187), qui a institué le cadre juridique de la mutualité
marocaine.
Elles assurent la couverture
sanitaire à environ 3 100 000 bénéficiaires et regroupent ensemble I000000
d'adhérents et disposent d'une fédération appelée Caisse Nationale des
Organismes de Prévoyance sociale ( C.N.O.P.S )' ayant pour rôle la
coordination des activités relatives au « secteur commun o tendant à la
couverture des dépenses de soins de santé des adhérents.
Ainsi, la C.N.O.P.S. est appelée notamment à
Recevoir la cotisation patronale ( État, Collectivités locales, établissements publics etc....),
Contrôler et liquider les dossiers
de maladie ( remboursement des frais de soins),
Payer aux producteurs de soins dans
le cadre du « tiers payant o les frais des soins dispensés aux adhérents.
Procéder à l'immatriculation des
adhérents.
Les
mutuelles, quant à elles, interviennent pour
La gestion, en collaboration avec la C.N.O.P.S d'une partie du secteur
commun en assurant notammen
A.1. Le recouvrement des
cotisations salariales,
A.2. Le traitement des dossiers
d'adhésion et remise des cartes.
A.3. Le paiement des prestations de
soins ambulatoires.
B. La création des ouvres sociales au sein desquelles sont dispensés
des soins et services servis directement aux adhérents.
C. La création et la gestion des caisses complémentaires Ex: Caisse
Complémentaire de décès ( C. C.D ).
I.2. PRINCIPES DU
SYSTÈME MUTUALISTE MAROCAIN
Le système mutualiste marocain est
guidé par les principes suivants
2.1 La liberté du
choix: cette liberté accordée aux fonctionnaires se manifeste par :
La possibilité de se grouper et créer
une structure mutualiste autonome pour gérer les intérêts de la couverture
sanitaire du groupe.
La faculté d'adhérer à une
mutuelle ou rester en dehors de ce système.
2.2- La solidarité entre
tous les adhérents sur la base de l'équité
et l'égalité.
2.3-Le but non lucratif des
sociétés mutualistes et de leur fédération, en l'occurrence la C.N.O.P.S.
2.4 - La gestion démocratique
du système par les adhérents
eux-mêmes en procédant à l'élection des organes de décision.
2.5 - La gestion autonome des
affaires des mutuelles avec un contrôle peu contraignant de l'État qui veille,
toutefois, au respect de la législation régissant les activités mutualistes
et à l'équilibre financier du système (solvabilité).
PLACE ACTUELLE DE LA MUTUALITÉ DANS LE
SYSTÈME DE SANTÉ AU
MAROC
Grâce aux mutuelles et à leur
union ( C.N.O.P.S ), le Maroc a acquis une expérience non négligeable dans le
domaine de la couverture du risque maladie et des milliers de marocains ont pu
faire face à ce risque soit dans le cadre de l'assurance maladie, soit au sein
des unités mutualistes de production de soins et services.
1. Place du secteur commun :
rôle d'assureur
Le
régime de base de la couverture médicale mutualiste est assuré sous
l'appellation « secteur commun o qui représente le volet « assurance maladie
u permettant aux adhérents de faire face aux risques maladie et aux charges de
maternité.
Ce
régime couvre au sein de huit mutuelles et la C.N.O.P.S. 2.297.000 bénéficiaires
dont 730 000 adhérents.
Les prestations servies aux adhérents et leurs ayants droit par le secteur commun sont réparties en deux types.- Prise en charge des frais par le tiers payant (soins tiers payant) et remboursement des frais (soins ambulatoires).
A. Soins Tiers payant
Par le régime du tiers payant, la
fédération des mutuelles (C.N.O.P.S) se substitue à la place des adhérents
vis-à-vis des producteurs de soins ( hôpitaux publics, cliniques privées au
Maroc et à l'étranger etc. ... ) et prend en charge les frais de soins et de
maternité.
Durant l'exercice 1998-1999
et pour faire soigner 404 000 bénéficiaires, le tiers payant a pris en charge
631 Millions de Dirhams, montant gui représente 63 % des sommes à payer par
le secteur commun
|
1985 |
56 000 000 |
|
1990 |
183 000 000 |
|
1991 |
257 000 000 |
|
1992 |
291 000 000 |
|
1993 |
369 000 000 |
|
1994 |
541 000 000 |
|
1995 |
562 000 000 |
|
1996-1997 |
578 000 000 |
|
1997-1998 |
662 000 000 |
|
1998-1999 |
631 000 000 sans les F A.R |
La répartition des sommes dues
pour l'exercice 1998-1999 se présente comme suit :
|
ÉTABLISSEMENTS |
EXERCICE 1997-1998 |
% |
EXERCICE 1998-1999 |
% |
|
Cliniques mutualistes |
53 277 958 |
8, 05 |
94 678 190 |
14,99 |
|
Cabinets Dentaires |
17 686 235 |
2, 67 |
47 492 222 |
6,57 |
|
Hôpitaux Publics & C.H. U |
30 199 028 |
4, 56 |
36195 695 |
5,73 |
|
Etranger |
44 981 970 |
6, 79 |
40 022 969 |
6,33 |
|
Cliniques privées |
515 651 383 |
77,91 |
478 977 466 |
66,36 |
|
TOTAL |
661 796 578 |
100 % |
631 366 544 |
100 % |
Ces chiffes témoignent du rôle
primordial de la mutuelle dans le financement des activités du secteur privé
marocain, puisque plus des 2/3 des dépenses du tiers payant sont attribués à
ce secteur, alors que les hôpitaux publics et les C.H.U. ne perçoivent qu'une
faible partie des dépenses du tiers payant ( 6 % ).
On constate donc que l'effort
financier de la C.N.O.P.S., en d'autres termes de la part patronale, est consommé
en grande partie par les professionnels du privé, qui ont trouvé dans le
secteur mutualiste pendant quatre décennies et jusqu'à ces dernières années
un client solvable ayant participé sans doute au développement du réseau privé
marocain de la santé.
B. Soins ambulatoires
Les dépenses de santé dites o
soins ambulatoires o représentent la deuxième formule par laquelle les
mutuelles interviennent dans l'assurance maladie qui permet à l'adhérent d'être
remboursé, selon le tarif de responsabilité, des frais dépensés pour se
faire soigner.
La charge financière des soins
ambulatoires a connu une grande augmentation en passant d'un montant de 245
Millions de dirhams
(189 MDH du secteur commun et 56
MDH du secteur complémentaire) en 1990 à 452 Millions de dirhams en 1999 ( 366
MDH du secteur commun et 86 MDH du secteur complémentaire).
Le tableau ci-après présente
l'évolution des soins ambulatoires entre 1990 et 1999.
|
EXERCICES |
DOSSIERS LIQUIDES |
FRAIS ENGAGES |
SECTEUR COMMUN |
% |
SECTEUR MUTUALISTE |
% |
TOTAL |
% |
|
1990 |
1 473 997 |
444 833 167 |
189 504 370 |
77,10 |
56 282 267 |
22,8 |
245 786 637 |
55 |
|
1991 |
1 657 372 |
525 235 718 |
231 218 648 |
76,69 |
70 248 625 |
23,31 |
301467273 |
57 |
|
1992 |
1 774 613 |
610 844 833 |
277 580 355 |
72, 00 |
108 101 204 |
28 |
385 681 559 |
63 |
|
1993 |
1 865 723 |
704 603 412 |
293 816 871 |
75, 79 |
93 849 017 |
24,21 |
387 665 888 |
55 |
|
1994 |
2 193 429 |
819 320 988 |
361 463 298 |
75,81 |
115 362 682 |
24,19 |
476 825 980 |
58 |
|
1995 |
2 666 468 |
1 016 277 161 |
466 752 083 |
75,32 |
152 935 055 |
24,68 |
6/9 687 138 |
61 |
|
1996-1997 |
2 254 963 |
889 269 725 |
422 160 537 |
76,35 |
130 763 483 |
23,65 |
552 924 020 |
62 |
|
1997-1998 |
2 406 632 |
979 859 1I7 |
469 165 441 |
76,59 |
143 359 515 |
23,41 |
612 524 956 |
62 |
|
1998-1999 |
1 624 798 |
880 657 204 |
366 438 925 |
81 |
86 045 764 |
19 |
452 484 689 |
62 |
|
TOTAL |
19 381 723 |
7 450 618 730 |
3 341427 769 |
76 |
1 044 948 645 |
24 |
|