FMC ET SYSTÈMES DE SANTÉ

Ali MAAOUNI : Président Honoraire de la SMSM


Le monde d'aujourd'hui étale ses exigences dans de nombreux domaines et en particulier dans le domaine de la santé. Le patient a droit à des soins de qualité et il devient de plus en plus partie prenante dans la discussion de son dossier médical tant au point de vue diagnostique que thérapeutique sans oublier ses appréciations du coût de ces soins.

Le médecin doit prendre conscience de ce phénomène et se préparer à y faire face. Comment ? En étant compétent, consciencieux, prudent et au fait du progrès médical, scientifique et technique. Dieu sait si ces progrès sont rapides, nombreux et difficiles à cerner. La FMC a pour objectif de lui permettre de garder sa place privilégiée de responsable fiable de la santé des autres.

PROBLÉMATIQUE DE LA FMC

Personne n'est contre la formation médicale continue. Mais combien de médecins, combien de spécialistes ont des difficultés à assumer cette obligation morale et déontologique!

En effet la FMC a un coût et le médecin n'a pas toujours les moyens financiers pour y faire face.

Les organismes qui offrent des semaines de formation continue ne le font pas gratuitement (USA).

La FMC est aussi une affaire individuelle ; Les médecins n'ont pas tous les mêmes lacunes, ou difficultés et chacun doit identifier lui‑même les domaines où il doit progresser. La FMC va être une formation continue à la carte.

La sensibilisation et la motivation du corps médical ne sont pas une mince affaire. C'est un travail de longue durée car certains pensent que leur diplôme de Docteur est définitif et que ce qu'ils ont appris à la faculté leur suffit largement pour traiter leurs patients pendant de nombreuses années d'exercice.

« La FMC dans quelque domaine que ce soit a pour finalité l'amélioration des compétences et des comportements professionnels en exercice par la modification des compétences et comportements acquis ou par l'acquisition de nouvelles compétences, de nouveaux comportements, rendus nécessaire par l'évolution des taches du fait des progrès techniques d'une part, de la modification des rôles des professionnels au sein de leur niveau social d'autre part. La FMC est un facteur d'évolution et d'adaptation des professionnels. »

On sait aussi que la FMC doit être préparée pendant la formation médicale de base. On ne peut parler de FMC sans une solide formation initiale. Aucune formation n'assure une compétence pour une vie entière.

L'évolution de la médecine moderne pose sans cesse de nouvelles questions a l'éthique médicale elle‑même. Une autre difficulté pour le médecin est la surabondance de l'information et il doit être préparé pour sélectionner, vérifier et évaluer la fiabilité de cette information.

La FMC est chrono-phage et l'on doit prendre sur ses temps de loisirs et souvent sur ses activités professionnelles pour s'y adonner.

Les modalités de la FMC sont nombreuses, complexés, difficiles à organiser, difficiles à réussir. Participer à des séances de FMC n'améliore pas forcement la compétence du médecin C'est une évolution culturelle complexe qui requiert un temps très long: toute la vie professionnelle.

Il existe 2 types de FMC

• Autodidactique : efficace, c'est la plus intéressante. Le médecin assure lui‑même ses choix selon ses besoins : presse médicale, films, vidéo Internet, stages.

• FMC organisée : par groupes. Elle est surtout informative et ne modifie pas forcement les compétences.

Quoi qu'il en soit cette FMC doit se faire dans l'espace et le temps professionnel. On a beaucoup discute aussi sur le caractère volontaire ou obligatoire de la FMC. Les avis sont partages mais les médecins sont responsables de leur formation continue : et ils doivent s'y soumettre ou se « démettre ».

Le contrôle dans ces activités est nécessaire a notre avis mais il semble que cette FMC doit être instituée et basée sur le volontariat et la responsabilité bien comprises. Des incitations économiques et morales peuvent encourager les médecins à pratiquer cette FMC.

PROBLÉMATIQUE DU SYSTÈME DE SANTÉ

Plusieurs facteurs interviennent dans la réussite ou l'échec d'un système de santé.

A notre avis un système de santé doit être basé sur l'équité et la promotion sociale.

Le pauvre et le riche devraient accéder « presque » pareillement à des soins de qualité et à la sauvegarde de leur équilibre physique et mental. Cela suppose une couverture sociale généralisée basée sur la solidarité, la mutualité et l'équilibre. L'on doit réfléchir à un fonds spécial pour la prise en charge des économiquement faibles.

La santé d'un pays est un facteur de développement socio-économique. A ce titre, les départements responsables de ce secteur doivent bénéficier d'un budget suffisant représentant environ 10% du PIB sinon plus.

Certains considèrent la santé comme un domaine non productif donc plus ou moins négligé ou laissé pour compte.

Le slogan d'ALMA ATA :les soins de base pour tous en 2000 devrait être rediscutée pour le troisième millénaire. En effet, si un pays offre dans toutes ses structures des soins basiques de qualité à ses citoyens, c'est un progrès non négligeable. Il ne me semble pas exorbitant d'accéder à cette situation à travers tout le Maghreb. Les infrastructures existent, les hommes sont là et le problème est du niveau de la volonté politique. La sectorisation en plusieurs groupes de praticiens est elle un handicap (secteur libéral ‑secteur publique...). Ces secteurs devraient se compléter et jouer chacun un rôle dans l'intérêt du patient. Le libre choix de celui‑ci doit rester un principe de base.

Un système de santé valable doit prendre en compte la carte sanitaire, les indicateurs de santé et l'épidémiologie générale et spécifique du Pays. Il ne doit pas y avoir d'opposition entre médecine curative et médecine préventive. Les deux sont importantes et il ne faut négliger ni l'une ni l'autre.

Le système de santé doit s'intéresser aussi a tous les départements q111 interviennent directement ou indirectement à la sauvegarde de la santé des populations : Hygiène du Milieu, Collectivités Locales, équipement en eau potable, électrification des villages...

LE RÔLE DES MÉDECINS EST PRIMORDIAL

Ils assurent les soins, ils ont une stratégie de prévention et ils participent à la recherche dans le domaine des sciences de la santé.

Ils ont un grand rôle à jouer dans l'Education des populations pour la sauvegarde de leur santé.

PROBLÉMATIQUE DES RELATIONS ENTRE FMC ET SYSTÈME DE SANTÉ

Étant donne ce pouvoir médical extrêmement important les problèmes de formation de ces médecins se posent avec acuité. A la formation scolastique actuelle les responsables devraient y substituer une formation participative et active de nos futurs médecins cela suppose donc une formation médicale de base de qualité préparant l'étudiant à sa future tache de gestionnaire, de chef d'équipe et/ou de thérapeute. Cette formation initiale le préparera aussi à la recherche clinique, à la synthèse, au raisonnement et à la critique constructive. Ces éléments lui permettront de continuer à se former toute sa vie professionnelle durant.

La FMC apporte à ce système de santé donné la possibilité d'orienter les médecins vers la réalisation de réformes, la stratégie de lutte contre les maladies en général et certaines épidémies en particulier. La formation continue doit entretenir et améliorer le niveau scientifique des Médecins qui va se répercuter sur l'efficacité du système de santé. Un système de santé ne peut être efficient que s'il dispose d'un corps médical bien formé, motivé, tourné vers l'avenir en perpétuel progrès.

Le système de santé doit pouvoir investir dans la FMC. Il n'est pas illusoire de penser qu’un système de santé tourné vers l'avenir doive intervenir efficacement dans la FMC y compris par un budget spécial mis à la disposition des professionnels pour l'organisation, l'évaluation et la recherche dans le domaine de la formation et de la formation continue.

La FMC peut être diplômante avec de nouvelles acquisitions de compétences qui valorisent les intéressés. Elle peut simplement représenter une FMC formative, évaluative ou de rattrapage. Elle peut encore permettre à certains médecins généralistes de se spécialiser dans leur domaine : LTRGENTOLOGIE, NUTRITION, ÉCHOGRAPHIE, COELIOCHIRURGIE . . . DIABÉTOLOGIE ou ENDOCRINOLOGIE pour le praticien.

La formation des médecins, même si elle était parfaite, ne suffirait pas à constituer un bon système de santé. Le médecin n'est qu'un membre de l'équipe soignante. Sans vouloir être démagogue, nous pensons que l'équipe de base est formée par les infirmiers et infirmières : ce sont eux qui posent les perfusions, qui surveillent la tension, la respiration, qui font les injections, les bilans sous la direction des médecins.

La formation initiale et la formation continue doivent être de qualité, aussi et surtout pour le personnel infirmier, cheville ouvrière d'un système de santé. Les décideurs devraient se pencher sérieusement sur les problèmes moraux et matériels de ce personnel soignant de première ligne.

C'est à ce prix que l'équipe médicale et « paramédicale » peut construire, entretenir, faire progresser un système de santé.

Le personnel administratif s'il n'est pas formé, s'il n'est pas motivé, s'il n'est pas convaincu par l'importance de l'acte « médical » ou de soins, peut freiner l'évolution vers le progrès. Il cherchera à tort à faire des économies ou des recettes à tout prix, hésitera à s'investir dans le renouvellement d'un équipement...

Le personnel de gestion ou le personnel administratif doit suivre un entraînement ou profiter d'une formation spéciale qui en fera un partenaire à part entière de l'acte de soins ou de prévention. Il doit faire partie de l'équipe soignante.

CONCLUSION

Dans un système de santé, il faut instruire, former, ré-instruire et re-former les membres de l'équipe soignante

Médecins généralistes ou spécialistes

Infirmiers, techniciens généralistes ou spécialistes

Cadres administratifs ou gestionnaires.

La FMC des membres de cette équipe doit aller de paire avec des interactions et des échanges permanents.

Grâce à une formation permanente de qualité on peut produire des professionnels de haut niveau dont bénéficie pleinement le système de santé.

L'acte de soins sera de qualité depuis l'accueil Jusqu'à la guérison du patient.

La FMC qui nous occupe doit être organisée par les professionnels avec la participation du Ministère de la Santé, le Conseil de l'Ordre des Universités et des Sociétés et associations médicales dont le fer de l'anse est la SMSM. Il faut une organisation, une stratégie, des infrastructures, des fonds et beaucoup de bonne volonté : les médecins sont responsables de leur FMC et ils doivent l'assumer.