LE SYSTÈME DE SOINS DE SANTÉ AU MAROC

QUELQUES ÉLÉMENTS D’ANALYSE DE SES ATOUTS ET FAIBLESSES

Abdelkrim BENNIS : Président honoraire d la SMSM et Consultant en santé et en formation médicale continue


 

Comme dans tous les pays du monde, le système de santé du Maroc présente des atouts et des faiblesses. Des progrès indéniables ont été accomplis en matière de santé mais de très nombreux problèmes restent posés et de nombreuses insuffisances grèvent l’efficacité et la performance du système de santé marocain. Cet article propose une approche  préliminaire des éléments qui permettent l’analyse de l’état actuel du système marocain de soins de santé. Il est basé sur les données disponibles notamment dans les documents du Ministère de la santé, de la Direction de la statistique du Ministère du plan, de la Direction du Budget du Ministère des finances, le plan de développement économique et social 1999-2003, les rapports annuels de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), et des documents de la Banque Mondiale.

Le système d’information sanitaire du Maroc n’est pas suffisamment développé et certaines données peuvent ne pas être totalement fiables. Ces données permettent cependant de faire une première analyse des points forts et des points faibles du système de santé au Maroc. Seront étudiés essentiellement l’offre de soins, le financement des soins de santé, l’organisation et les composantes du système, la production et les résultats et performances du système.

L’OFFRE DE SOINS DE SANTE

Nous distinguerons les structures et les ressources humaines de l’offre de soins de santé. Le tableau 1 présentes les différentes composantes de cette offre.

LES STRUCTURES DE L’OFFRE DE SOINS DE SANTE.

L’offre publique de soins est assurée principalement par les structures du Ministère de la santé. Ces structures comportent un réseau de soins de  santé de base essentiellement ambulatoires, un réseau hospitalier avec des hôpitaux universitaires et non universitaires, et un ensemble d’instituts et laboratoires nationaux. Font également de l’offre publique de soins les services de santé des Forces armées royales, les services de médecine scolaire et universitaire, les bureaux d’hygiène municipaux et communaux qui dépendent des collectivités locales, les services de santé de certains établissements publics dont le statut n’est pas défini. Sont rattachés à l’offre publique de soins de santé des unités et services de divers départements administratifs (unités de préventions sanitaires collectives, unités de transport sanitaire, service de médecine pénitentiaire.

L’offre privée de soins de santé est assurée par des cabinets médicaux des cabinets de médecine dentaire, des cabinets de soins paramédicaux, des laboratoires de biologie médicale, des laboratoires d’anatomie pathologique, des cliniques, des unités de médecine du travail, des officines de pharmacie, des fournisseurs de matériel et biens médicaux et des établissements de transport médical.

 

Tableau 1. Principaux composants de l’offre de soins de santé au Maroc

Secteur public

 

Ministère de la santé

Réseau de soins de santé de bases

Réseau hospitalier 

     CHU

     Hôpitaux publics hors CHU

Instituts et laboratoires nationaux

Ministère de la défense

Hôpitaux et autres services de santé des FAR

Ministère de l’éducation nationale

Services de médecine scolaire

Ministère de l’enseignement supérieur

Service de médecine universitaire

Collectivités locales

Bureaux municipaux d’hygiène autres

Autres départements

Unités de préventions sanitaires collectives

Unités de transport sanitaire

Service de médecine pénitentiaire

Secteur privé

Cabinets médicaux

Cabinets de médecine dentaire

Cabinets de soins paramédicaux

Laboratoires de biologie médicale

Laboratoires d’anatomie pathologique

 

Cliniques

Unités de médecine du travail

Officines de pharmacie

Fournisseurs de matériel et biens médicaux

Etablissements de transport médical

Secteur privé dit à but non lucratif

Structures des mutuelles

Etablissements du Croissant Rouge Marocain

Etablissements des ligues et fondations

Autres structures

Cliniques de la Caisse nationale de sécurité sociale

Services médicaux de certaines administrations

Consultations médicales de certains établissements publics

Etablissements sanitaires de certains établissements publics

Structures sanitaires de certaines entreprises privées

Etablissements d’institutions étrangères

Médecine traditionnelle et herboristerie

 

Il existe aussi un secteur privé dit à but non lucratif qui n’est pas bien défini sur le plan légal et réglementaire et qui est constitué de structures sanitaires des mutuelles, des établissements du Croissant Rouge Marocain et d’établissements de ligues et de fondations.

D’autres structures participent à l’offre de soins. C’est les cas des cliniques de la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS) sans statut juridique défini, les services médicaux de certaines administrations, les consultations médicales et autres structures de certains établissements publics, des structures sanitaires de certaines entreprises privées et des établissements d’institutions étrangères.

Il convient aussi de citer les agents de la médecine traditionnelle.

Les structures publiques

Les nombres des différentes structures sanitaires du Ministère de la santé existant en décembre 1999 sont données dans le tableau 2 qui montre leur répartition selon les régions du royaume. Ces structures sont de deux groupes, le réseau de soins de santé de base et le réseau hospitalier.

Le réseau de soins de santé de base (RSSB) est constitué en de 2138 structures (1999) suivantes :

·       1547 structures rurales de soins ambulatoires (une pour 8298 habitants ruraux) se répartissant en 583 dispensaires ruraux, 964 centres de santé communaux (dont 213 avec une unité d’accouchement),

·       13 hôpitaux locaux ruraux,

·       539 centres de santé urbains (un pour 28573 habitants citadins),

·       39 hôpitaux locaux urbains.

Le dispensaire rural est une formation sanitaire, sans médecin, dont l'action est ambulatoire.

Le centre de santé communal est la première formation sanitaire avec médecin en milieu rural, elle est implantée dans le chef lieu de la commune et doit assumer en plus des soins essentiels et des activités de protection de la santé maternelle et infantile, les consultations médicales et l'encadrement des dispensaires qui lui sont rattachés.

Le centre de santé communal avec unité d'accouchement est un centre de santé communal implanté dans le chef lieu du caïdat, auquel s'ajoute la fonction d'accouchement avec une unité de 4 à 8 lits.

Le centre de santé urbain est une formation sanitaire de premier recours en milieu urbain, elle assure les soins curatifs essentiels, les activités de protection de la santé maternelle et infantile, les consultations médicales de médecine générale, de pédiatrie et gynécologie.

L’hôpital local est une formation sanitaire implantée dans le chef lieu du cercle, assumant en plus des fonctions de centre de santé communal avec unité d'accouchement, celles des soins curatifs hospitaliers. Il dispose en plus d'une unité polyvalente d'hospitalisation d'une capacité de 25 lits et d'un dispositif pour effectuer des examens de radiologie et de laboratoire.

Le nombre des centres de santé urbain pouvant apparaître relativement réduit par rapport aux structures ambulatoires rurales peut s’expliquer par le fait qu’en milieu urbain, une partie important des soins ambulatoires se font dans les hôpitaux.

Le réseau hospitalier du Ministère de la santé est constitué de 53 hôpitaux généraux (2 universitaires, 6 régionaux et 45 provinciaux ), de 32 hôpitaux spécialisés (10 universitaires, 9 régionaux et 13 provinciaux) et de 27 polycliniques de santé publique. Il est à noter que les hôpitaux de Fès et de Marrakech, siège des nouvelles facultés de médecine n’étaient pas encore répertoriés comme universitaires.

L’hôpital est une formation sanitaire destinée à héberger des malades, des blessés ou des parturientes en vue de leur dispenser les prestations de diagnostic, de traitement et les soins d'urgences nécessités par leur état de santé.

L’hôpital universitaire est un hôpital qui fait partie d’un centre hospitalier universitaire (CHU), destiné, en plus des soins à être le lieu de la formation pratique des médecins.

L’hôpital régional (qui peut être seul ou faire partie d’un groupe de un ou plusieurs hôpitaux généraux et spécialisés) comporte en plus des services des spécialités existantes à l'hôpital provincial, d’autres services de spécialités à vocation régionale.

L’hôpital provincial (qui peut être seul ou faire partie d’un groupe de un ou plusieurs hôpitaux généraux et spécialisés) comporte en plus de la médecine de base, les spécialités suivantes: l'ophtalmologie, la dermato-vénérologie-léprologie, les maladies infectieuses, l'oto-rhino-laryngologie, la psychiatrie, la pneumo-phtisiologie, la cardiologie, la gastro-entérologie, la réhabilitation, l'endocrinologie, la rhumato-orthopédie et la réanimation médico-chirurgicale.

Un hôpital général est un hôpital dans lequel s'exerce la médecine, la chirurgie générale, et d’autres spécialités dont la nature et le nombre varient selon qu’il soit provincial, régional ou universitaire.

Un hôpital spécialisé est un hôpital qui comporte des services d’une seule spécialité ou de plusieurs spécialités regroupées.

La polyclinique de la santé publique est un hôpital général dans lequel s'exerce la médecine et la chirurgie générale, la pédiatrie et l'obstétrique avec une activité d'urgences. La polyclinique constitue le premier niveau de référence pour les établissements de soins de santé de base qui sont dans son rayon d'influence.

Le nombre total de lits était en 1999 de 25265, soit un lit pour 1118 habitants, dont 18094 lits d’hôpitaux généraux et 7171 lits d’hôpitaux spécialisés.

La répartition des structures publiques de soins de santé selon les régions est très inégale comme le montrent les figures 1 à 3. 

Le nombre d’habitants citadins par centre de santé urbain varie de 12000 dans la région de Oued Ed Dahab-Lagouira à 39537 dans celle de Casablanca. Le nombre d’habitants ruraux par structure rurale de soins ambulatoires varie de 1143 dans la région de Laayoun, Boujdour-S. El Hamra à 17750 dans la région de Doukala-Abda et le nombre d’habitants par lit d’hôpital public varie de 493 dans la région de Laâyoune-Boujdour-S. El Hamra à 2590 dans celle de Souss-Massa-Daraa.

De plus, l’accessibilité physique est difficile dans certaines zones. L’éloignement entre les populations et les structures de soins de santé de base est important en milieu rural où 31 % de la population habitent à plus de 10 km d’une formation sanitaires et seuls 28% habitent à moins de 3 km (données de 1996, non encore actualisées). Un mode d’action mobile par des infirmiers itinérants a été mis en place pour essayer de compléter la couverture par les structures fixes. Les performances de ce mode en terme de couverture et de contribution à l’offre de soins sont cependant faibles. Ceci est dû essentiellement à la diminution progressive du nombre d’infirmiers itinérants, à l’insuffisance des moyens de déplacement, aux conditions de travail et aux dysfonctionnements de l’organisation[1].


Tableau 2. Formations sanitaires du Ministère de la santé par région. Données 1999.

 

Total

R16

R15

R14

R13

R12

R11

R10

R9

R8

R7

R6

R5

R4

R3

R2

R1

Régions

28238

2273

1799

1483

2038

1416

1908

2227

3359

1860

2911

1622

1774

2903

417

202

46

Nombre d’habitants (en milliers)

15401

1344

421

1072

1092

512

701

1825

3242

1100

1113