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L’HÔPITAL DE JOUR EN PSYCHIATRIE
K. Raddaoui : Professeur de Psychiatrie à la Faculté de Médecine et de Pharmacie de Rabat
CHU Ibn Sina. Clinique Universitaire de Psychiatrie. Hôpital Ar Razi. Salé.
L’hospitalisation constitue un événement important et hautement symbolique dans la vie du malade en général, et du malade mental en particulier.
Porteur d’un héritage très lourd, l’hôpital psychiatrique reste un lieu mythique où se cristallisent toutes les angoisses et tous les fantasmes concernant la folie et le malade mental.
Autrefois, lieu d’exclusion et d’enfermement de la folie, l’hôpital psychiatrique est aujourd’hui traversé par un courant idéologique nouveau, prônant l’ouverture sur-le-champ sociale.
Parce qu’elle vise avant tout le maintien du malade dans son environnement social et évite le rejet et la désagrégation du lien familial, l’hospitalisation à temps partiel est aujourd’hui d’une actualité brûlante en psychiatrie.
HISTORIQUE ET ÉVOLUTION DES IDÉES :
Autrefois, régnait l’internement, réponse stéréotypée du corps social à la folie, assimilant le psychiatre à un gardien de l’ordre public.
L’impuissance thérapeutique, la chronicité, l’évolution déficitaire et son corollaire, l’hospitalisation prolongée, ne prennent fin qu’au début des années 50, avec l’avènement des chimiothérapies neuroleptiques.
L’efficacité des médicaments opère alors un changement radical des institutions psychiatriques et le retour des patients à la vie sociale.
Ceux qui restent faute d’amélioration, bénéficient des ressources de la psychothérapie institutionnelle qui élabore les structures et toutes les activités de l’hôpital dans une perspective thérapeutique.
Le courant idéologique à l’origine du mouvement antipsychiatrique incrimine la société et les dysfonctionnements familiaux dans la genèse les maladies mentales. Les approches systémiques et les psychothérapies familiales visant la restauration du lien et la réinsertion du malade amorcent la désinstitutionnalisation et la réflexion sur de nouvelles structures de prise en charge du malade mental.
C’est la fin de l’hospitalo-centrisme et la création de structures intermédiaires diversifiées, des hôpitaux de jour et de nuit, du secteur et des centres de soins ambulatoires qui permettent le maintien du malade mental dans son environnement socio-familial et professionnel.
PLACE DE L’HÔPITAL DE JOUR DANS LE DISPOSITIF DE SOINS PSYCHIATRIQUES ET NOTION DE RÉSEAU.
L’hôpital de jour ne peut se concevoir et fonctionner comme une structure isolée. Il doit être articulé à des structures hospitalières à plein temps et ambulatoires en amont et en aval.
En effet, l’hospitalisation à plein temps garde son indication chez des patients agités, peu coopérants, non autonomes ou ayant peu de liens garantissant une vie sociale adéquate
(isolement social …).
- L’hôpital de jour peut prendre le relais après une hospitalisation classique et confier à son tour
le patient à des structures ambulatoires qui viseront sa réinsertion sociale.
- La multiplication des modalités de prise en charge et des structures d’accueil spécialisées
(enfants, adolescents, toxicomanes …) renforce le travail ambulatoire et diminue le nombre des hospitalisations.
ORGANISATION ET PRINCIPES DE FONCTIONNEMENT :
La réduction de la fonction hôtelière de l’hôpital permet la construction de structures légères adaptées à leur mission et l’intensification des activités de soins.
- L’hébergement, la restauration et le gardiennage des malades mobilise du personnel qui peut dans un hôpital de jour, être plus disponible pour les activités de soins, vocation première de l’hôpital.
- La permanence de l’équipe soignante au lieu du relais entre 3 équipes permet une prise en charge plus régulière et une meilleure coordination des activités de soins.
- Le malade ne traîne pas toute la journée dans un lit ou dans la cour en attendant l’heure des repas, de la prise de médicaments ou des visites. Il n’attend pas qu’on s’occupe de lui, il vient à l’hôpital pour qu’on s’occupe de lui et uniquement pour cela.
- Les activités sont mieux programmées et hiérarchisées dans un projet de soins personnalisé qui comporte tour à tour des séances de psychothérapie individuelle et des séances de groupe et d’ergothérapie.
- Le retour du malade chez lui tous les soirs permet le maintien d’une vie familiale et du lien social. Cette dynamique est d’autant plus importante que la maladie mentale entraîne la rupture de ce lien et l’isolement voire le rejet du malade.
- Les déplacements quotidiens du malade entre l’hôpital et son domicile et son accompagnement par son entourage favorisent l’implication de celui-ci dans la prise en charge thérapeutique.
- La passage de l’hôpital au milieu social et familial permet l’évaluation quotidienne des potentialités relationnelles, l’adaptation à la réalité et les progrès de la réinsertion.
- Les activités thérapeutiques assurent avec les déplacements, la permanence des repères spatio-temporels.
- Le temps rythmé par les entrées, les sorties, les activités de soins, les activités ergothérapiques… est mieux perçu et mieux intégré. Le passage dans plusieurs lieux d’activités, le dehors, le dedans, favorise l’intégration de l’espace et du corps propre.
A l’hôpital de jour, le malade n’est ni passif ni l’otage d’un système qui va tout décider pour lui.
Il n’abandonne pas son intimité et ses activités personnelles … Il continue à vivre sa vie.
INDICATIONS :
- L’hospitalisation de jour peut être proposée à tout malade qui a un minimum d’autonomie et disposant d’un lieu d’accueil pour la nuit.
- L’hôpital de jour est une structure de proximité.
- La psychose chronique nécessitant une hospitalisation prolongée comme la schizophrénie, est une indication idéale de l’hôpital de jour.
- Les patients déprimés peuvent passer la matinée, le temps d’une perfusion d’antidépresseurs et d’un entretien psychothérapique.
- Le toxicomane et l’alcoolique, après une période de sevrage et d’abstinence, peuvent y bénéficier d’un travail de psychothérapie de groupe afin de renforcer la guérison et d’éviter la rechute.
- Les personnes âgées déprimées ou démentes, supportant mal d’être arrachées à leur environnement et à leurs habitudes, peuvent trouver dans un hôpital de jour un lieu de stimulation et de soins ainsi qu’une surveillance médicale appropriée.
- L’hôpital de jour peut être une solution pour une mère qui souhaite continuer à s’occuper de son foyer et de ses enfants.
- Les pédopsychiatres ont été les pionniers de l’hôpital de jour et des structures intermédiaires. Évitant la séparation entre de jeunes enfants et leurs parents, l’hospitalisation de jour permet la mise en observation à des fins diagnostiques, la prise en charge intensive d’enfants autistes ou déficients mentaux, et le soulagement de parents parfois dépassés par les événements et ayant du mal à contrôler leurs réactions.
AU MAROC : POSSIBILITÉS, LIMITES ET ALTERNATIVES :
L’hôpital de jour est une structure de proximité qui ne peut se concevoir que pour une population locale. Les malades qui viennent des 4 coins du pays pour une hospitalisation au CHU ne peuvent bénéficier d’une structure pareille. Il faut donc construire des structures légères en nombre suffisant et le plus près possible du citoyen.
L’hôpital de jour nécessite donc une décentralisation et un renforcement des dispositifs de soins dans les régions.
En attendant, pour les villes où existent des hôpitaux psychiatriques, il faut faire preuve d’imagination et, faute de créer des hôpitaux de jour, adapter une partie des services existants à un fonctionnement de type ² Hôpital de jour ² .
C’est notre expérience à l’hôpital Ar-razi où des patients pour lesquels les conditions étaient
réunies, ont été pris pour certains en hôpital de jour, et pour d’autres en hôpital de nuit.
CONCLUSION :
Les progrès de la médecine, la démystification de la maladie mentale et la prise en compte des dimensions sociale et familiale dans tout projet thérapeutique rendent nécessaire une réflexion sur nos structures hospitalières et leur adaptation à ces nouvelles exigences.
La création d’hôpitaux de jour appelée de tous ses vœux par la communauté psychiatrique internationale, a débouché dans certains pays sur des modes de fonctionnement plus adaptés à leur environnement social.
Ailleurs, faute de moyens, on peut adapter l’existant et l’ouvrir davantage sur-le-champ social car aller vers l’hôpital de jour nous paraît une réalité de plus en plus incontournable
L’hôpital de jour est incontestablement l’hôpital de demain.