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HOPITAL DE JOUR EN HEPATO-GASTRO-ENTEROLOGIE
S. Nadir, R. Ismail, K. Kratri, A. Bellabah, M. Mounadif, D. Jami, R. Alaoui, A.Cherkaoui*
* Service d'Hépato-Gastro-Entérologie. CHU Ibn Rochd - Casablanca
Les auteurs rapportent l'expérience du service d'Hépato-Gastro-Entérologie du CHU Ibn Rochd concernant l'hospitalisation de jour.
L'étude est rétrospective et comprend tous les malades pris en charge en hôpital de jour durant la période allant de janvier 1993 à Décembre 1999. Seuls sont pris en compte les malades ayant un numéro d'entrée, sont ainsi exclus ceux qui sont pris en charge pour des actes ambulatoires notamment les fibroscopies oesogatro-duodénales et les petits gestes de proctologie chirurgicale (incision d'abcès... ).
L'objectif de ce travail est d'analyser les avantages et surtout les difficultés pratiques de ce mode d'hospitalisation.
L'hospitalisation de jour a été démarrée dans notre service en 1993 à la suite de la fusion des deux services de Gastro-Entérologie existant à l'époque au CHU Ibn Rochd et surtout à la suite d'une nouvelle structuration avec une nouvelle optique de gestion hospitalière : moins de lits d'hospitalisation mais augmentation de la fréquence de rotation de manière à augmenter le nombre de malades pris en charge tout en diminuant la durée d'hospitalisation et en réduisant les dépenses.
En 7 ans d'exercice, la proportion de malades pris en charge est en moyenne de 15% de l'ensemble des hospitalisations. Elle a progressivement augmenté au fil des années allant de 3% en 1993 à 30% en 1999.
Parallèlement, le nombre de malades pris en charge a notablement augmenté malgré l'amputation de 30 lits à la spécialité et l'inflation considérable du pool de malades.Le nombre moyen de malades pris en charge en hospitalisation est passé de 1300 malades les 2 services réunis à près de 1500 malades avec le seul service actuel d'où une augmentation du nombre d'hospitalisation de près de 14%, ceci sans tenir compte des fibroscopies oesogastroduodénales et des actes de petite chirurgie proctologique qui sont actuellement réalisés en ambulatoire alors que dans les années 80, ils étaient effectués en hospitalisation classique.
L'organisation de l'hôpital du jour est incluse dans l'activité globale du service. Le nombre de lits d'hospitalisation réservé à l'hôpital de jour est de 8 lits répartis également entre l'aile des "femmes" et l'aile des "hommes", pour une capacité totale du service de 60 lits soit 13%. L'hôpital de jour est sous la responsabilité du chef de service (Pr. CHERKAOUI).
Son activité est coordonnée par le major du service. Il est géré par le personnel médical et paramédical qui s'occupe également des hospitalisations classiques. En définitive, l'hôpital de jour fait partie intégrante de l'activité du service et ne possède pas d'activité indépendante.
Les principaux actes pour lesquels les malades sont pris en charge en hôpital de jour sont les ponctions d'ascite (40%), les ponctions biopsies hépatiques (24%), les scléroses de varices oesophagiennes (14%), les colonoscopies (20%), les traitements par interférons (2%) : les premières injections sont faites sous contrôle médical et on profite de l'hospitalisation pour faire apprendre aux malades à faire les in jections eux-mêmes.
L'hospitalisation de jour a permis plusieurs bénéfices :
- Une augmentation du nombre de malades pris en charge avec une réduction de la liste
d'attente des hospitalisations classiques.
- Une réduction de la durée d'hospitalisation qui est passée de 21 jours en 1992 à 15 jours en 1999.
- Une économie des dépenses de santé : l'hôpital de jour est une formule moins coûteuse qui répond mieux aux besoins des malades et des médecins. L'hôpital de jour coûte 2 à 2.5 fois moins cher pour une même hospitalisation.
- L'hospitalisation de jour a permis également une augmentation du nombre d'hospitalisations programmées et de réduire la durée d'hospitalisation certains actes étant réalisés en hôpital de jour.
- Une augmentation de la qualité de vie avec une diminution de la rupture entre le mode familial ou professionnel du malade et son hospitalisation. L'hospitalisation de jour permet par exemple la réduction de la durée de l'absentéisme professionnel.
Toutefois, la pratique de l'hôpital de jour se heurte à de nombreuses limités qui sont autant d'entraves à sa diffusion. Ses limites sont d'ordre organisationnel : l'absence d'une organisation propre indépendante de l'hospitalisation classique fait que l'hôpital de jour perturbe parfois l'activité du service et celle du personnel aussi bien médical que paramédical. D'autres sont liées à des problèmes d'ordre administratif : pour les malades démunis, la nécessité et la difficulté d'acquérir un certificat d'indigence pour chaque acte et chaque hospitalisation fait parfois préférer - main forcéel'hospitalisation classique. D'autres limites sont d'ordre économique et social certains malades viennent de loin, le CHU Ibn Rochd draine pratiquement toute la partie sud du Maroc ainsi il est difficile parfois de prendre en charge ces malades en hôpital de jour. L'hôpital devient non seulement un lieu de soin mais aussi - par nécessité - un lieu d'hébergement.
D'autres limites qui sont plutôt des risques de l'hospitalisation de jour sont la possibilité de survenue de complications inhérentes aux actes réalisés et qui nécessitent parfois une prolongation de séjour ce qui sous-entend une souplesse aussi bien dans l'organisation interne du service que dans les formalités administratives.
Nos perspectives d'avenir sont optimistes en matière d'hospitalisation de jour dont nous espérons le développement et la diffusion à de nombreux autres actes médicaux aussi bien diagnostiques que thérapeutiques.
La médecine évolue très rapidement. Les progrès des techniques médicales vont s'accélérer et converger pour permettre des hospitalisations de plus en plus courtes.
L'hôpital doit se modifier profondément pour devenir plus spécifique, plus spécialisé avec des hospitalisations peut être plus fréquentes mais très brèves.
La majorité de nos malades sont jeunes et ont entre 15 et 60 ans ; à l'avenir, ils seront mieux éduquées, plus informés que par le passé. Ils exigeront des hospitalisations de plus en plus courtes avec des diagnostics de plus en plus rapides. Par conséquent, l'avenir est à l'hôpital de jour, aux hospitalisations brèves et aux hospitalisations programmées.
Mais cet avenir n'est pas prédéterminé, il est à construire et dépendra à la fois de facteurs externes donc - imposés - et de choix et d'attitudes internes qui pourront être en partie maîtrisés.
Parmi les facteurs externes : les tutelles ministérielles et les règlements administratifs qui limitent les moyens d'action ou en ralentissent les effets. Ainsi, les changements à venir impliquent une décentralisation des responsabilités, une plus grande possibilité de souplesse, d'innovation et de liberté d'entreprendre dans le cadre d'une tutelle ministérielle allégée. Il ne faut pas qu'il y ait progressivement deux mondes : l'un routinier et traditionnel, celui de l'administration, l'autre qui bouge et essaie de s'adapter, celui des soins. Il est nécessaire que l’évolution de ces deux mondes soit harmonisée. Par ailleurs, une collaboration étroite avec les collectivités locales doit être établie de manière à faciliter la prise en charge rapide et efficace des malades démunis - qui sont lésion à l’hôpital publique par la création - par exemple de carte "d’indigence ".
Par ailleurs, une gestion adaptée du personnel permettrait des progrès considérables. Avec le développement de l’hospitalisation de jour, les tâches hospitalières changent et se concentrent dans la journée. Il est par conséquent nécessaire de procéder à l’aménagement des horaire de travail de manière à adapter les densités du personnel aux pointes et creux d’activité.
Le développement de l’hôpital de jour nécessite la mise en place d’unités indépendantes sur le plan organisationnel mais travaillant en étroite collaboration avec les différents services hospitaliers ainsi qu’avec les médecins de ville d’où l’intérêt de la diffusion de système de communication rapide et efficace, notamment l’informatisation des dossiers médicaux permettant une circulation facile de l’information médicale.
En conclusion, la médecine évolue très vite, la recherche fait des découvertes incessantes qui vont bouleverser les idées, les diagnostics, et les traitements des maladies. L’organisation des soins doit évoluer aussi. L’hôpital de jour représente dans notre contexte une formule séduisante permettant non seulement d’augmenter le nombre de malades pris en charge, une réduction des dépenses de santé mais également une amélioration de la qualité de vie des malades.
Mais sa réussite sous-entend la disponibilité des hommes et des femmes qui le composent qu’ils appartiennent aux secteurs de soins où à celui de l’administration, la souplesse des structures et des architectures hospitalières, l’évolution permanente de ses équipements et de ses personnels.
L’Objectif ultime visé étant l’amélioration de la santé des malades.