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L’hospitalisation de jour : une alternative à l’hospitalisation traditionnelle
Omar Cherkaoui : Professeur de Chirurgie Thoracique, Directeur du CHU de Rabat-Salé
Dans de nombreux pays, l’hospitalisation traditionnelle est en perte de vitesse. La suppression de lits hospitaliers se fait au bénéfice d’autres alternatives de prise en charge des malades et en particulier celle dite Hospitalisation de Jour (HDJ). Connue de longue date dans certaines disciplines, celle-ci couvre actuellement presque toutes les prestations médico-chirurgicales. Les raisons de ce développement spectaculaire sont multiples. Certaines sont d’ordre organisationnel et financier. D’autres, relèvent de l’explosion de la technologie médicale de ces dernières décennies. Les premières sont en relation avec l’indispensable maîtrise des dépenses de santé perçues comme un préalable à toute couverture médicale généralisée ; les secondes relèvent des apports techno-logiques modernes et des progrès pharmaceutiques qui garantissent davantage la sécurité des actes diagnostiques et thérapeutiques.
En effet, les drogues anesthésiques par exemple, sont de plus en plus efficaces et leurs effets indésirables mieux connus donc mieux maîtrisés. Les techniques récentes et rapides d’imagerie médicale, de radiologie interventionnelle, de coeliochirurgie, de laboratoire, d’endoscopie… contribuent largement à la diminution de la durée moyenne de séjour (DMS) et au développement de l’HDJ dans laquelle le citoyen trouve plus de confort psychologique et moins de stress que dans l’hospitalisation classique.
Par ailleurs, celle-ci ne peut plus absorber les nombreux malades qui, par le développement de l’information médicale et l’éducation sanitaire, sont de plus en plus conscients de la nécessité de recourir rapidement à l’hôpital. Une saturation de la capacité litière fonctionnelle se trouve alors vite atteinte, du moins dans notre CHU.
Dans une conception largement admise, l’HDJ doit pouvoir répondre aux flux massifs des patients et réaliser les nombreuses prestations médicales "dans un délai de huit heures en garantissant la qualité de la démarche médicale et la sécurité du malade". L’HDJ présente de nombreux avantages dont la réduction substantielle des dépenses de santé, la réinsertion familiale, professionnelle et scolaire rapide et l’augmentation de l’offre de soins. Ces avantages semblent faire l’unanimité des citoyens et des professionnels de santé.
Évidemment, les indications de l’HDJ dépendent de la discipline médicale concernée et des structures organisationnelles de l’établissement. Elles complètent en fait celles de l’hospitalisation à plein temps qui doit être réservée aux actes majeurs dont les suites nécessitent une surveillance soutenue et des soins de tous les instants.
Cependant, l’organisation d’une HDJ présente des contraintes dont la maîtrise n’est pas aisée. Trois principales sont à signaler :
- La première est d’ordre humain. Elle relève de la coordination des équipes qui se trouvent
dans l’obligation de travailler "en chaîne". Les maillons de cette chaîne qui concourent à la réalisation d’un acte final de diagnostic ou de thérapeutique, dépendent de la qualité des hommes et des femmes qui doivent tous œuvrer vers le même objectif. Si un maillon lâche, tout le système s’effondre et les avantages avec :- La deuxième contrainte de l’HDJ relève non seulement de la performance des dispositifs médicaux et des équipements lourds mais également de leur maintenance préventive et corrective qui garantit leur fonctionnement permanent. Un plateau technique défaillant est incompatible avec une HDJ de qualité.
- La Troisième contrainte est relative à la maîtrise du système d’information qui doit comprendre un secrétariat efficace disposant de moyens de communication rapide et permanente pour gérer en temps réel les dossiers administratifs et techniques. Dominer ces contraintes, est une condition essentielle pour réussir une prestation médicale de qualité dans un délai très court et avec la sécurité requise.
Notons par ailleurs que dans les pays qui ont poussé au maximum le développement de ce mode d’hospitalisation, outre une organisation parfaite et un plateau technique toujours fonctionnel, une architecture particulière à l’HDJ est née. Elle adapte les locaux et les circuits aux exigences organisationnelles de ce type de prise en charge des malades avec en particulier des salles d’attentes confortables, des salles de soins agréables et des liaisons rapides avec les plateaux techniques.
Enfin, l’HDJ exige des professionnels de santé, un comportement associant rigueur, compétence, disponibilité, communication et relations humaines de haute qualité, je dirais même un état d’esprit particulier.
Au Maroc, l’HDJ n’est pas encore réglementée et son organisation n’est pas obligatoire. Cependant, sur le terrain, de nombreuses initiatives sont prises chaque jour par des équipes de différentes disciplines ou par la direction de certains établissements hospitaliers. En effet, en chirurgie pédiatrique, en hémato-oncologie, en gastro-entérologie et dans de nombreuses autres spécialités, la pression de la demande de soins et l’insuffisance de l’hospitalisation traditionnelle dans certains services, ont conduit tout naturellement, les équipes à organiser la prise en charge des malades pour de courtes durées. Toutefois, pour certains actes dits d’HDJ, nous sommes en droit de nous poser quelques questions. S’agit-il vraiment d’HDJ? Répondent-elles à la définition du concept de l’HDJ ? Les structures architecturales sont-elles adaptées à cette HDJ ? Les professionnels de santé sont-ils formés aux règles particulières de l’HDJ?. De nombreuses questions restent posées.
De toute évidence, une réflexion s’impose. Les spécialistes qui disposent d’une longue expérience dans le domaine sont appelés à répondre à toutes ces questions en définissant d’abord le concept lui-même, en précisant ses limites en détaillant les indications et les contraintes organisationnelles et en préparant des textes réglementaires qui viendraient combler le vide juridique existant en la matière.
Dans ce rapport, la SMSM tente d’apporter un début de réponse à ces différentes questions en procédant d’abord à la collecte des expériences de certaines équipes médicales et en initiant ensuite des débats pouvant aboutir à moyen terme à l’élaboration d’une méthodologie de travail et à la définition des règles qui seraient en mesure d’aider les établissements hospitaliers à la mise en place progressive de l’HDJ qui est une alternative relativement facile à mettre en place et dont nos systèmes sanitaires ont grandement besoin.