"Le
médecin est formé pour soigner et non pas pour gérer"
Entretien avec Yasmina Baddou, ministre de la Santé
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Temps plein aménagé: Il faut revoir les textes
· Médicament: Bientôt la bioéquivalence
- L’Economiste: Vous avez été confrontés à une longue
grève du personnel infirmier. Est-ce que le risque est
contenu?
- Yasmina Baddou: Après une série de réunions avec les
représentants des lauréats et étudiants des Instituts de
formation des cadres de Santé, le ministère de tutelle
vient de solutionner la problématique du recrutement des
infirmiers diplômés d’Etat. Un concours sera organisé
pour le recrutement de 795 lauréats au niveau des 4
centres hospitaliers, et de 1.243 autres pour le
ministère de la Santé. Une solution concertée a été
adoptée pour les lauréats des promotions 2008 et 2009.
- Votre conception du management de la Santé n’est pas
passée inaperçue...
-
Je pense que le médecin est formé pour soigner et non
pas pour gérer, à moins d’avoir suivi une formation
spécifique. L’expérience internationale nous a montré
que la gestion du système de santé ne dépend pas
uniquement de moyens financiers, mais surtout d’une
méthodologie et d’une approche managériale. Aujourd’hui,
nous avons un outil qui devrait permettre de former des
gestionnaires.
C’est pour cela que nous comptons revoir le système de
formation au niveau de l’Institut national de
l’administration sanitaire en apportant des mesures de
renforcement. Certains lauréats de cet institut sont
actuellement des responsables d’hôpitaux publics.
Néanmoins, ils doivent s’inscrire dans la logique de
l’actualisation des connaissances et de la réforme des
systèmes de gestion.
- Alors que les blocs opératoires souffrent de
sous-effectif, des chirurgiens du public travaillent
dans le privé. Est-ce que vous ne trouvez pas qu’il faut
mettre de l’ordre?
- Je rappelle que seuls les professeurs agrégés ont le
droit d’exercer le Temps plein aménagé (TPA). En France,
on le fait intra-muros, au Maroc dans le privé. Des
médecins l’utilisent abusivement. Celui qui n’est pas
professeur agrégé n’a pas le droit de le faire. Il faut
revoir le texte pour que le TPA soit exercé dans un
cadre réglementaire et respecté. Là aussi, ce sera l’un
de mes principaux chantiers. Les directeurs d’hôpitaux
ont des instructions pour lutter contre l’absentéisme.
En parallèle, nous comptons mettre en place une
contractualisation avec les hôpitaux publics dans le but
d’optimiser les plateaux techniques et leurs ressources
humaines. Il est temps que notre politique en matière de
santé intègre le secteur privé qui doit, en
contrepartie, participer à la moralisation du secteur.
-
- Les urgences vont mal. Que faire pour mieux les
organiser?
- Certes, les services des urgences représentent la
vitrine du système de santé, et l’état actuel de ces
services y est pour beaucoup dans l’appréciation
négative qu’ont les citoyens des hôpitaux publics. Une
commission dédiée à ce thème a élaboré un plan de
restructuration et d’amélioration de ces services
importants par le renforcement des ressources humaines,
des plateaux techniques et une formation adéquate.
- Que comptez-vous faire en matière de politique du
médicament?
-
- Une bonne politique doit encourager les génériques, la
baisse des prix et permettre la disponibilité. Il faut
mettre en place des mesures dans ce sens. J’ai rencontré
des industriels et des pharmaciens qui veulent améliorer
la manière dont les prix des médicaments sont fixés. Le
texte date de 1960. D’ailleurs, il faut cesser de mettre
en doute la qualité des médicaments marocains. Le Maroc
exporte des médicaments vers l’Europe, en Espagne
particulièrement. L’idée selon laquelle le générique
serait un sous-médicament, est fausse. Nous allons
exiger le bioéquivalence pour la mise sur le marché des
médicaments.
Livrés 2 ans après la commande
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Le budget consacré aux médicaments atteint 750 millions
de DH cette année. «La distribution des médicaments dans
les hôpitaux connaît plusieurs dysfonctionnements. Le
retard vient en tête. Les hôpitaux sont livrés deux ans
après la commande. C’est pour cela qu’on ne trouve ni
seringue ni médicament dans les hôpitaux», souligne
Yasmina Baddou. Pour elle, il est urgent de
décentraliser en créant des vraies pharmacies au sein
des hôpitaux, avec une traçabilité. Les 130 hôpitaux que
compte le pays, seront pourvus de pharmacies modernes
d’ici la fin de l’année. Et, en pratique, la liste des
médicaments gratuits sera affichée dans les hôpitaux.
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Propos recueillis par
Mohamed CHAOUI